dimanche 16 décembre 2012

Trêve des confiseurs pour certains, fêtes de fin d'année pour d'autres, moments de retrouvailles ou de galères pour d'autres encore. Moments joyeux ou plus pesants, attendus ou redoutés. Chacun vit et vivra les semaines à venir à sa façon.
Je vous souhaite juste de la sérénité et de la légèreté. Oh, et puis des rires, de la lumière, de la chaleur, un peu de douceur, des bulles et de ne pas être seuls. 
A dans quelques temps...;-)


lundi 3 décembre 2012

Burn Out

Cela m'a pris presque un an pour accepter de pouvoir le dire à voix haute sans en avoir honte : Burn Out (burn-out, en fait).
Lorsque j'ai démissionné de mon poste d'éducatrice spécialisée, de mon « boulot d'avant » c'est parce que j'en étais arrivée à un stade avancé d'épuisement professionnel. Voilà, j'arrive à le dire, à l'écrire même et à le relire sans avoir ce sentiment de culpabilité qui m'a rongé pendant longtemps.
Épuisement professionnel, burn-out...c'est la même chose sauf qu'en anglais ça claque, c'est percutant.
Ça n'est pas arrivé du jour au lendemain. Ça ne vient pas toquer à votre vitre un jour au feu rouge ou alors que vous marchez dans la rue genre « Chat ! C'est toi ! ». C'est un processus long, insidieux et qui prend son temps. Je serais incapable de dater précisément quand cela a commencé. En revanche, je me souviens quand j'ai pris conscience que quelque chose n'allait pas mais alors pas, plus, du tout.

J'ai toujours été une personne entière et engagée dans mon travail. Quand quelque chose m'intéresse, je n'y vais pas du bout de l'orteil. C'est ce qui fait ma force et ma fragilité. Éducatrice spécialisée en milieu ouvert, c'était mon kif. J'ai découvert « mon » métier à ce moment là, lorsque j'ai été embauchée dans l'association. J'avais bien travaillé dans le milieu du handicap auparavant mais lorsque je suis entrée à MonAssoDavant, ma vie a changé et même si cela a été parfois difficile, je n'en regrette pas une seule minute. Je crois que, grâce à ces années, je suis devenue une meilleure personne et une bonne professionnelle.
Ne venez pas me parler de la nécessaire distance et de la distance nécessaire dans ce boulot dont on nous rebat les oreilles et que l'on m'avait consciencieusement entré dans le crâne en formation. Je sais. J'ai juste appris à faire autrement, en conscience, avec lucidité et professionnalisme. Car oui, on peut être engagé dans son boulot en étant très pro. Je ne suis pas entrée dans ce métier comme on entre dans les ordres ou par je ne sais quelle vocation. J'étais bien éducatrice spécialisée et pas dame patronnesse.
Seulement, au fil des années, des réformes fondamentales de la protection de l'enfance sont survenues, les moyens mis à disposition ont drastiquement chuté et le milieu du travail social a commencé à être managé différemment. Bref, il y a eu des bouleversements qui ont sacrément modifié notre manière d'accompagner les familles et, malheureusement, pas en mieux.

mercredi 21 novembre 2012

Cadavre Exquis

Je cherchais ce bouquin car il fait partie, pour moi, de ces livres que je relis et qui ont nourri mon parcours professionnel. Sauf que je ne l'avais pas ouvert depuis fort longtemps. En faisant rouler et défiler le bord des pages du bout de mes pouces, un papier plié en quatre s'en est échappé avec une date griffonnée au dos. Bond en arrière de dix-sept ans.
27.VI.95 (oui à l'époque, j'écrivais les mois à la romaine). Je sais déjà ce que c'est même si je n'en connais pas le contenu, les plis horizontaux successifs parlent pour eux. Et mes souvenirs s'imposent. 
Deux (jeunes) femmes et un (jeune) homme. Une fin de soirée tardive après avoir travaillé sur la maquette d'une obscure feuille de chou d'école. J'apprends à devenir ce que je ne serai pas : une éducatrice spécialisée distanciée et experte. Quelques bougies, des bières, une moquette un peu râpée, des cigarettes de toutes sortes aussi et une musique dont je ne me souviens plus. Lui, des yeux si bleus et son sourire toujours hésitant. Elle, partante, révoltée et si entière. Et moi...des cheveux en rideaux, l'incertitude rougissante des gauches embarrassées et le sentiment diffus d'une affirmation de soi. Et entre ces trois là qui se connaissent à peine finalement, des rires, des découvertes, l'élaboration d'un journal et des non-dits qui dureront le temps d'un diplôme. Nous aimions les jeux d'écriture et particulièrement celui du cadavre exquis.Tiens, un feutre a lâché pendant l'exercice.

Je ne vais pas vous dire qui a écrit quoi. J'ai juste utilisé trois typos différentes et respecté les sauts de lignes. Je n'en ai pas changé un seul mot (j'ai corrigé les fautes). Le redécouvrir m'a particulièrement ému.

mardi 6 novembre 2012

Mamans (2/2)

Je la sentais dans une certaine ambivalence avec le dispositif proposé mais cela restait flou. Elle voulait voir sa fille mais ne semblait pas vouloir engager la démarche. Cela trainait et Poussinnette était tellement en demande qu'il a même été décidé d'organiser une rencontre entre elle et sa mère. Elles ne s'étaient pas vues depuis deux ans. Ça a demandé de la préparation, beaucoup. Et de poser certaines conditions : pas de fausses promesses, pas de dénigrement, pas de conte de fée.
Un jour, j'ai donc passé les portes et les sas de sécurité avec quatre pommes cramponnées à ma main. Dans ce centre de détention, au parloir famille, les murs sont colorés, il n'y a pas de barreaux aux fenêtres et le personnel pénitentiaire est souriant. Cela reste une prison avec ses procédures, sa sécurité serrée, ses trousseaux de clés et ses multiples portes. Chaque porte ne s'ouvre que lorsque la précédente a été refermée.

Elle était euphorique en repartant. D'autant que sa mère lui avait fait des cadeaux, avait acheté des bonbons, joué avec elle, pris des photos (oui, les détenues peuvent acheter certaines choses via le service pénitentiaire). Pour Poussinnette, sa « vraie maman » était juste géniale et parfaite. Elle, elle l'aimait, elle lui avait dit.

lundi 5 novembre 2012

Mamans (1/2)

« Tu comprends, j'ai deux mamans. Une maman de cœur et une maman de sang » - « Ah oui ? Deux mamans ?! » - « Ma vraie maman, enfin tu sais ma maman de sang, elle est ailleurs... Elle a fait une bêtise à Papa » - « Et tu as une fausse maman alors ? » je la regarde en souriant à demi. Ce qu'elle me raconte je le sais déjà ou plutôt, je connais sa situation au travers des mots et des rapports des adultes. Elle me regarde presque indignée « mais ça existe pas une fausse maman ! C'est ma maman là » et elle pointe son cœur avec son petit doigt.

Un papa, deux mamans, deux sœurs et une vie déjà bien marquée du haut de ses quatre pommes et cinq années.
Elle a connu l'errance de ses parents puis une famille d'accueil qui l'a aidée à se structurer. Elle n'avait pas un an. Pendant qu'elle grandissait, sa mère a agressé, blessé son père à l'arme blanche et a été incarcérée.
Sa mère a commencé son parcours carcéral en maison d'arrêt puis en centre de détention après sa condamnation aux Assises. Une longue peine.
Son père a été SDF et a rompu tout lien pendant quelques mois puis a décidé de se battre. Il est remonté de son propre enfer, marche à marche jusqu'à être totalement réinséré. Il a rencontré une femme, elle même mère d'une petite fille. Ensemble, ils ont construit une vie qui a permis que Poussinnette vienne vivre avec eux. Et une petite sœur est née aussi. Une vie de famille recomposée, tranquille, assez équilibrée. Comme le papa pouvait me dire « je suis le plus heureux des hommes avec toutes mes petites femmes. Si seulement...si seulement Elle n'existait plus ». Elle, la génitrice, la mère biologique, la maman de sang. Elle qui l'avait marqué à vie, lui, et qui incarcérée loin avait demandé son transfert pour se rapprocher de sa fille. Elle dont Poussinnette n'a que peu de souvenirs et dont tous incluent des clés qui tournent, des portiques de sécurité et des portes qui se referment.

samedi 3 novembre 2012

Heure de pointe

C'est l'heure de pointe de ta vie et tu ne sais pas quoi en faire. Gauche, malhabile et embarrassée, tu ne sais pas quoi faire de toi.

Depuis toujours, tu ne sais pas où te mettre, comment te placer, quoi dire. Alors tu as appris les codes, les gestes, les sourires. Tu t'adaptes à l'instant et tu fais illusion, tu leur fais plaisir. Tu sais si bien faire que parfois tu ne sais plus où à moins que ça ne soit qui tu es. Tu es toi le temps de quelques mesures puis la cacophonie te fait te retirer.
Alors tu te rétractes loin en toi et tu respires. C'est une comme toi qui marche, rit, répond. Elle ne sait pas toujours quoi dire mais au moins elle y est. Toi, loin au dedans d'elle, tu te caches. Personne ne peut te trouver sauf à avoir un GPS dont tu n'as jamais donné les coordonnées.

vendredi 26 octobre 2012

Stage de survie en milieu hostile - Acte 3 : Laura Bradshaw ou Carrie Ingalls

C'est une chose d'envoyer un courrier, tout recommandé R2 avec Accusé de Réception qu'il soit. C'en est une autre d'attendre. Parce qu'après les énervements, les émotions et les coups de sang des dernières semaines et même des derniers jours, je ne pouvais matériellement plus rien faire.

J'étais en vacances ? J'allais donc profiter de mes vacances !! 

mercredi 10 octobre 2012

Message Personnel

Il y a eu l'angoisse qui m'a envahie parce que l'échéance était là et que je ne pouvais m'y dérober. Jouer son avenir sur une rencontre de la moitié d'une heure, ça n'est pas rien.

Il y a eu, alors, les messages et les conseils pour juguler tout ça.

Et puis, parce que c'était là, ça a commencé à arriver : les tweets, les textos, les mails, les messages et les sourires, les mains posées et les pensées. Tout à coup, cela arrivait d'ici et d'ailleurs, en quelques mots ou en jolies phrases. Cela venait de toi, de lui, d'elle, d'eux, de vous. Des attentions espérées et des inattendues.

dimanche 7 octobre 2012

Jour 1

Le premier soir dans mon rêve éveillé, je me suis assise sur le bord de ma petite pelouse, cigarette et bière bien fraiche à la main, à l'heure où le jour se retire à peine et que le soir s'invite.

mardi 2 octobre 2012

Tu m'envies?

« Qu'est-ce que je t'envie, tu as tellement de chance »... Depuis que j'ai fait le choix de changer de vie, tu me le dis assez régulièrement. Oui, j'ai décidé de te tutoyer même si tu es multiples. Au début, je cherchais à comprendre ce qui te faisait dire ça. « Ah oui, qu'est-ce que tu veux dire par là ? ». Oui, j'avais besoin de comprendre ce qui te pousse à me dire ça. « Tu es libre, tu fais ce que tu veux, t'as une vie rêvée, tu ne rends de comptes à personne, etc... ».

Tu as raison : je vis dans une région magnifique, dans la petite maison dont je rêvais. J'ai une qualité de vie incomparable. Je fais mes choix en fonction de mes envies, de mes besoins aussi. Je pars en vadrouille régulièrement. J'explore, je prends le temps, j'apprends et je me nourris de tant choses (et je ne parle pas de nourriture là, tu vois ce que je veux dire j'espère). C'était valable avant aussi.

Tu m'envies ? J'ai tellement de chance ? Tu as raison : je suis privilégiée. Je ne suis pas isolée. J'ai le soutien de ma famille, de mes amis. Ils croient en moi, m'encouragent, me poussent, m'aiment.
Dis-moi, tu crois que ça m'est tombé tout cuit dans le bec tout ça ? Et je vais te dire...je n'en peux plus d'entendre ça. Comme si mes choix et la vie que j'ai aujourd'hui relevaient du miracle, de la bonne volonté des Bisounours et que ça m'avait été livré sur un plateau.

samedi 29 septembre 2012

Stage de survie en milieu hostile - Acte 2 : Bambi

Je suis revenue le lendemain, après ça. La dame de l'accueil m'avait dit que le secrétariat était ouvert de « 9h à midi et de 13h30 à 17h ». Je ne suis pas du matin donc j'ai traîné un peu en chemin.
9h25. L'air assuré et le pas déterminé, je file jusqu'au 3ème. C'est là que je remarque le papier sur la porte : secrétariat ouvert de 9h30 à 16h30. Ils semblent avoir des soucis de transmission de l'info d'un étage à l'autre ici...Je me félicite de mon sens de l'à propos (= avoir paressé sous la couette 15 minutes de plus ce matin là).

9h30...9h35...9h40...9h45...etc jusqu'à 10h. Rien, personne. Couloirs déserts et pas âme qui vive pour me renseigner. Je redescends au bureau de l'accueil. « Ooooh mais des fois elle arrive à 10h, des fois à 11h, ça dépend... » - « ok, ok...quelqu'un d'autre dans la maison là qui puisse me renseigner ? » - « c'est compliqué...Gnourynquologie c'est à part ». L'Alien, qui n'a toujours pas eu son quart d'heure de massacre et qui commence à s'impatienter, fait un bon et l'agent d'accueil ne doit la vie qu'à ma rapidité légendaire qui me propulse sur le trottoir avant l'attaque fulgurante de la bête bavante, tous crocs dehors.

samedi 22 septembre 2012

Se souvenir des belles choses

C'est l'été, la fin d'après midi, retour de la maison de la plage. Les corps sont fatigués, lourds de cette langueur de trop de chaleur, de rires, de jeux et de silences.

Le ciel rosit du plaisir de l'ascension de sa belle Vénus. La température est immobile : ni trop chaud ni trop froid. L'autoroute, fenêtres ouvertes, Abba en fond sonore, « love ». Les enfants ont perdu face au sommeil. Il n'y a qu'elle et moi qui chantonnons mezzo voce.
Je lui parle de toi, de moi, des failles, des envies de projets, des doutes et de ces lumières que je voudrais allumer.
Quand elle m'a dit « fonce », quand elle m'a dit « bien sûr que tu peux », quand elle m'a dit « j'ai confiance », alors je me suis dit que je pourrais y aller. Quand elle m'a dit « qu'est-ce qui te retient », j'ai trouvé qu'elle avait raison. Quand elle m'a dit, il y a peu, « je suis si fière de toi », j'ai pleuré.

vendredi 14 septembre 2012

Intermède

Le temps du repos, des mojitos, des rencontres et de l'évasion est venu...Ne sachant pas si je vais avoir l'inspiration, l'énergie ou l'envie d'écrire, je préfère vous dire que le blog sera silencieux quelques temps.
Maintenant, il y aura peut-être des publications intempestives, qui sait?

Je vous laisse avec Keith Jarrett et la première partie de son mythique concert à Cologne...Vous y trouverez la 7ème minute...
portez-vous bien et à bientôt ;-)


mercredi 12 septembre 2012

Stage de survie en milieu hostile - Acte 1 : l'Alien

J'ai donc décidé, après bien des hésitations et interrogations, de reprendre mes études. Ou plutôt, de les poursuivre.
Lorsque j'ai quitté ma vie d'avant, j'avais mis cette partie là entre parenthèses. Non, en fait j'avais tiré un trait dessus. Et puis, ça a commencé à me titiller de plus en plus fort, jusqu'à que ça devienne une démangeaison urticante !

Mon premier obstacle était monsieur Pol. J'avais en tête qu'étant chercheuse d'emploi et percevant une indemnisation/allocation à ce titre, je ne pouvais pas (re)devenir étudiante sans perdre mes droits. Que nenni ! Lors de ma rencontre avec lui, ce dernier a commencé par me dire que « franchement de nos jours avec une licence on ne fait plus rien », ce à quoi j'ai rétorqué que j'étais bien d'accord mais que la froide réalité économique ne me permettait pas de l'envisager et que je n'avais pas encore gagné au loto. Il m'a regardé comme si je sortais du fond de ma campagne (ah, oui, je sors effectivement du fond de ma campagne) et m'a rétorqué que « mais bien sur que si, il suffit de signer une convention AISF et votre projet étant cohérent cela ne posera aucun problème »...Mon projet est cohérent ? Quel projet ? Je ne savais pas encore si je voulais y aller. Faut pas me bousculer, j'ai besoin de réfléchir !

mardi 4 septembre 2012

Convergences ou "ça ressemble à la place de l'Etoile aux heures de pointe"

Quand j'ai quitté ma vie d'avant, je disais à qui veut l'entendre que je me donnais de un an à dix huit mois pour décanter ma vie, me mettre au vert. Je devais me refaire, purger mon système de ce qui l'empoisonnait, remettre mes idées en place et me construire un avenir. Après, je verrais bien et je reviendrais à cet endroit que j'avais quitté, neuve, droite, pleine d’allant. Je reviendrais me couler dans mes habitudes mais plus tout à fait pareille, forte d'un nouveau projet, d'une nouvelle énergie. J'allais bouffer le monde et vous alliez bien voir !

mercredi 29 août 2012

Tout ça, c'est à cause de Delphine!

Quand j'y repense aujourd'hui, tout a commencé il n'y a pas loin de six ans. Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour là mais j'ai décidé de faire un bilan de compétences, sans en informer mon employeur.

J'ai contacté l'organisme paritaire dont je dépendais, j'ai rempli le dossier, pris contact avec des boites qui faisaient ça. J'ai commencé la valse des rendez-vous, pour choisir. Oui, c'est ce qui était bien : à partir d'une liste agréée, je choisissais dans quel cabinet de formation/conseil/consultants/charlatans je voulais aller. J'avais droit à une heure « gratuite » chez autant de prestataires que je voulais, pour me déterminer.

Quand j'y repense aujourd'hui, ce qui m'a plu chez elle, c'est qu'il n'y avait aucun a priori, aucune condescendance ni aucune impatience. Elle m'a écouté sans jamais regarder sa montre. Son téléphone n'a pas sonné une seule fois. J'avais tant et plus de questions et elle a répondu. Cette heure là était pour moi, ne rapportait rien à sa boite mais j'étais la personne importante de l'heure en cours.

lundi 27 août 2012

Picasso, mes kickers, un préjugé et la grâce

Il y a quelques temps de ça, lors d'une de mes escapades parisiennes, je suis allée trainer mes guêtres au Musée en Herbe car il y avait une expo Vasarely et que j'avais envie d'en découvrir un peu plus sur lui.
Le Musée en Herbe est un musée avec des ateliers et des animations pour les enfants. Donc pendant ma visite, il y avait un groupe assez disparate de petits/trolls/grumeaux/anges/démons/cequevousvoulez. J'ai passé autant de temps à les observer faire leurs activités et surtout à les écouter qu'à regarder les œuvres présentées.
Les enfants et l'art, c'est juste du bonheur en barre. Ils ne sont pas encore formatés et expriment ce qu'ils ressentent sans retenue. J'adore emmener des enfants au musée.
Il y avait une petite fille qui, par sa manière d'être, m'en a rappelé une autre, ailleurs, il y a longtemps. Un grand moment de mon boulot d'éduc' et une leçon aussi, une vraie leçon d'humilité.

mardi 14 août 2012

Pol MePloie et me déploie

Je vous en parlais il y a quelques temps : mes démarches auprès de Monsieur Pol. Il y a une suite...

Après avoir eu connaissance de la décision, j'étais allée demander des éclaircissements pour comprendre. L'agent que j'avais vu à l'accueil, Gentildésolé, m'avait dit qu'il ferait réexaminer mon dossier par un collègue plus compétent que lui en indemnisations mais que, vu que tout était clair et avait été fait dans les règles, je ne devais pas espérer grand chose.

vendredi 3 août 2012

Accompagner


Il se trouve que ce matin, deux moments quasi concomitants m'ont conduite à coucher ces mots. D'une part, j'ai vu passer dans ma TL les tweets de @Juge_Marie (juge pour enfants si je ne me trompe pas) et d'autre part, je tweetais avec une personne qui travaille en soins palliatifs. A chaque fois, le mot « accompagnement » apparaissait.
Cela m'a replongée dans mon métier initial. Celui pour lequel j'ai fait trois ans d'études et qui m'a portée, enthousiasmée, interrogée, remise en question, usée, faite pleurer et rire, m'a faite grandir et regarder le monde autrement.

Je ne dis pas que ce billet va être très léger ou très drôle mais je ne peux pas m'empêcher de vous en parler.

Être éducatrice qu'est-ce que c'était, qu'est-ce que c'est ? Lorsque j'ai commencé ce métier, être éducatrice c'était sauver le monde. J'ai appris l'humilité depuis et heureusement. Se prendre pour Zorro, WonderWoman et Dieu n'a jamais fait avancer le schmilblik, jamais. Et ça, croyez-moi, ça s'apprend en accéléré. J'ai revu mes prétentions à la baisse et ça m'a permis de découvrir ce qu'était réellement ce travail.

lundi 23 juillet 2012

Tisser


j'ai eu une chance incroyable étant petite. J'avais une grand-mère qui était férue des façons de faire d'autrefois. Elle savait carder et filer la laine, tisser, faire de la dentelle, broder, tricoter, canner une chaise...Je ne vais pas vous dire que j'étais fan de ses chaussettes ou ses collants faits mains (qu'est-ce que ça gratte la laine vierge!) mais je la regardais faire et ça me fascinait. Étant curieuse et touche à tout, plutôt que de me gronder lorsque je tripotais les différents outils, elle m'y a initié. J'étais maladroite, ça n'était pas beau mais n'empêche...
J'ai appris les rudiment du cardage, du filage au rouet, de la dentelle au fuseau (torsion, croisement, torsion, croisement, pause d'épingle), de la broderie. J'ai même voulu essayer le métier à tisser mais mes pieds, alors, atteignaient à peine les pédales. Lorsque j'ai été assez grande pour les atteindre, ma curiosité était passée. Je serai bien incapable aujourd'hui de filer, broder convenablement ou de faire de la dentelle. Mais j'ai gardé de cette époque un goût pour ces belles choses et un regard aussi, une attention particulière portée à la manière dont elles sont faites.

Vous êtes en train de vous demander quelle mouche m'a piquée... J'y viens.

samedi 21 juillet 2012

Donner une seconde vie aux jouets



J'ai découvert l'association grâce à Sophie qui en parle sur son blog. L'idée m'a plu. Alors, une fois n'est pas coutume, je relaye !

Vous qui avez des enfants, vous le savez bien, vous le constatez : ils grandissent, leurs centres d'intérêt changent, leurs envies évoluent. Ils délaissent leurs anciens jouets pour d'autres et cela s'entasse.

L'association « je donne mes jouets » propose une solution simple : donnez ces jouets, en bon état, pour qu'ils aient une seconde vie. Certaines familles n'ont pas toujours les moyens d'acheter des jouets à leurs enfants et l'association propose de leur donner.
Il y a donc le site internet que je trouve très bien fait . Vous trouverez plein d'infos sur comment ça marche et ce qui a conduit à sa création. 
D'un côté des familles qui donnent, de l'autre des familles qui ont des besoins. Elles sont mises en relations et voilà.

dimanche 17 juin 2012

mercredi 13 juin 2012

Pol, l'eau salée et les escargots


Lorsque l'on est, comme moi, dans des errements professionnels, arrive immanquablement l'étape indispensable de l'inscription à Pôle Emploi.

Il faut un certain nombre de papiers, remplir un dossier, décrocher un rendez-vous et au final intégrer le dispositif.
Je savais qu'il y avait des délais donc, me croyant fort maligne, j'appelle LE numéro à quatre chiffre connu de tous, environ deux semaines avant la fin de mon contrat. Autant me faire envoyer un dossier à l'avance, histoire de le compléter, rassembler les papiers et n'avoir plus qu'à aller le déposer... J'ai été inscrite à l'ANPE il y a largement plus d'une décennie et je me dis qu'avec la fusion des services je ne suis plus dans leur base de données. Erreur ! Ils gardent trace de tout ! Donc mon appel pour anticiper tombe à l'eau. En effet, s'ils m'envoient un dossier maintenant, c'est considéré comme une pré-inscription donc les droits à indemnisation partiraient de cette date donc trop-perçus par la suite donc remboursement. Bref, des soucis en perspective. Il va me falloir appeler lorsque mon contrat sera fini.

mercredi 6 juin 2012

Le coeur de ces femmes


De toutes mes années à travailler auprès des familles, j'ai gardé de la satisfaction, beaucoup de questionnements, des doutes et une admiration infinie pour ces êtres humains qui mettent une énergie colossale à tenter de rester debout, à vouloir garder la tête hors de l'eau. Car il en va de la dignité humaine comme de l'air qu'on respire : elle est indispensable à l'existence humaine.

Ce qui est paradoxal dans ce qu'on appelle l'aide contrainte est qu'il est demandé aux parents d'accepter une aide qu'ils n'ont pas demandé, qu'on leur impose pour des faits ou des positionnements que la plupart du temps ils réfutent. Comment aider quelqu'un qui dit qu'il n'en a pas besoin ? Comment aider une personne à modifier certains comportements alors qu'elle est persuadée d'être dans le bon et le bien ? Comment l'obliger à accepter une intervention éducative qui s'impose ? Car le système est ainsi fait : il souligne en général ce qui ne va pas, pointe les carences, les manquements, les abus mais il oublie souvent de souligner ce qui va bien.

dimanche 3 juin 2012

"Rien que le temps d'une chanson"


Je trie et je retrouve un recueil de poésies. « Les chemins des souvenirs, des amours et des regrets ». Juste quelques pages brochées et une petite vingtaine de poèmes dont celui-ci. En le relisant, je me suis souvenue. Je l'avais lu comme un dialogue entre moi et mon autre moi, quand j'étais dans ma vie d'avant, loin dans ma vie d'avant.
Je le redécouvre aujourd'hui et il n'a plus tout à fait le même sens.

Comme je vous l'avais écrit , il me viendra parfois l'envie de partager avec vous les mots des autres. Alors, je vous le laisse à lire...

mercredi 23 mai 2012

La septième minute

C'est lent et chaloupé. Une mélodie entêtante, glissée et heurtée. Un air de jazz au piano qui peu à peu te happe et ne te lâche plus.
Quelques hésitations, quelques langueurs puis à la septième minute et quelques notes, tout semble s'agréger et prend de l'ampleur, de la rondeur et de la grandeur. La mélodie t’attrape les tripes et t'emporte. Après, il suffit de te laisser guider dans les phrases musicales et l'intensité de cette beauté. Mais pour éviter que tu ne perdes pieds, il y a des ruptures de rythme, des moments d'épure et des cassures. Cela ressemble presque à des sauts de réalité. Puis, à nouveau, un peu comme s'il crochetait ton petit doigt avec le sien, il te ramène à lui et tu fais quelques pas musicaux de plus, presque inquiète qu'il ne te laisse aller.

Il en va de la vie du blog comme de ce voyage musical, enfin, en quelque sorte. Vous vous dites que je suis folle ? Peut-être un peu mais pas tant que ça. Et c'est bien de voyage dont il s'agit.

vendredi 18 mai 2012

Je l'appelais Miss Papillon (2/2)


Dans une situation comme celle-ci, une note (c'est le terme technique) circonstanciée et détaillée est adressée au juge des enfants. Avant, nous en avons parlé en équipe (chef de service, collègues, psychologue) longuement. Écrire une note oui mais quelles conclusions ? Continuer la mesure en cours ? Renforcer la mesure éducative ? Demander le placement ? Placement en urgence ou non ? La décision appartient au magistrat.

Je reviens sur ce que je sentais depuis longtemps. Qu'est-ce que je n'ai pas vu ? Qu'est-ce que je n'ai pas fait ? Étais-je trop proche ? Ma collègue détaille de manière très clinique nos interventions ainsi que les contacts pris avec l'assistante de service social, la PMI (protection maternelle et infantile), l'école, les écoles. Quelque part, cela me sort de ma spirale de doutes et m'aide à regarder presque froidement ce que nous avons fait, mis en place dans cet accompagnement.
L'éclairage de la psychologue est important. Perverse narcissique, relations toxiques, père sous influence, intégrité psychique, construction identitaire, individuation... Autant de mots et de concepts qui prennent tout leur sens et qui viennent légitimer certains de mes ressentis. D'autres sont d'un autre registre, n'appartiennent qu'à moi.

Après une très longue réunion et beaucoup d'échanges, de doutes, d'interrogations, notre chef de service a tranché. Demande d'audience en urgence aux fins d'envisager de confier la mineure Miss Papillon aux services de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). En langage ordinaire, demande de placement en famille d'accueil.

jeudi 17 mai 2012

Je l'appelais Miss Papillon (1/2)


Lorsque je l'ai rencontrée la première fois, elle avait à peine cinq ans. Elle vivait chez son beau-père à qui elle avait été confiée après la mort de sa mère quelques années plus tôt. Il y avait aussi une petite sœur, née du mariage de cet homme qu'elle appelait « Papa » avec sa maman. Une vie simple mais si chaleureuse.

Elle savait bien pourquoi je venais, elle en avait vu d'autres avant moi. Depuis d'aussi loin qu'elle s'en souvienne et même avant. Petit gabarit, fine avec de grands yeux. Une grâce rare comme j'ai pu en voir chez certains enfants. Quelque chose qui ne se décrit pas. Paradoxalement, je ne me souviens pas de la couleur de ses yeux ou d'autres détails.
Elle m'observait pendant les salutations d'usages entre adultes, debout derrière une chaise dont le dossier ne me laissait voir que des bouts d'elle. Je me rappelle avoir posé ma sacoche rouge, être allée la voir et m'être penchée. Ses yeux dans les miens et quelque chose d'interrogateur, une attente.
Lorsque j'allais dans les familles, je ne faisais que très rarement la bise aux enfants, sauf lorsque vraiment ils me connaissaient très bien ou qu'ils y tenaient absolument. Après tout, j'étais « l'éducatrice, « la dame », « le service éducatif » mais je n'étais pas de la famille. Je considère que faire la bise à un enfant est quelque chose de personnel, d'intime presque.
Sinon, le rituel était toujours le même « alors, comment on se dit bonjour ? », parce que oui se dire bonjour est important (au revoir aussi d'ailleurs). Serrer la main, faire un coucou de loin, juste se dire bonjour ou alors mon petit truc à moi, ma manière de leur dire bonjour, le « bonjour papillon ». Elle a eu l'air étonnée, elle n'avait jamais entendu ça ! Ok pour le bonjour papillon. Je lui montre avec un clin d’œil, on agite nos doigts en s'effleurant à peine. Elle m'a alors laissé voir sa lumière et son sourire a irradié. Le mien n'a pu que lui faire miroir. Je suis devenue « Madame Papillon ». Cela a été notre rituel pendant plus de trois ans.



jeudi 3 mai 2012

Quand l'âme erre (&) monte


Ça commence comme un friseli à la surface de l'eau, le bruissement d'une aile, un souffle dans le cou. C'est comme un frisson imperceptible qui en annonce les prémices.

Je peux le percevoir si je suis disponible à ça ou ne rien capter ou alors même l'ignorer. Cela peut arriver n'importe où et n'importe quand. En voiture, seule, accompagnée, sur la Ligne, dans les vestiaires, en soirée...

Mais cet appel ne se laisse pas écarter sans y revenir. L'imperceptible s'affirme et gagne en force. Il envahit tout le corps, démange les mains, crée l'impatience. L'indifférence n'y fait rien. Il finit par m'attraper toute entière et m'oblige à le reconnaître.

dimanche 29 avril 2012

Rencontres


Avant l'Uzine et Cotcotte, j'ai travaillé dans une autre usine. Ma mission n'a pas duré bien longtemps, ce sont les aléas de l'intérim. Mon job consistait, alors, à coller des étiquettes sur les produits qui défilaient sur un tapis (environ 10 000 étiquettes jour!). Pas vraiment de tenue particulière. Bruit limité. La possibilité de discuter, donc.

De ce bref passage, il me reste deux visages, deux histoires, deux récits.

dimanche 22 avril 2012

Sur la route


Travailler en 2X8, c'est découvrir tout un monde que je n'imaginais pas. La première fois que j'ai commencé à travailler en usine, je me disais que j'allais être seule sur la route, à 4h15 du matin...
J'avais tort ! Dans ma région, sur la route à cette heure ci, il y a du monde ! Il y a ceux qui partent prendre leur poste, il y a ceux qui rentrent après une nuit de travail. Il y a ceux qui travaillent déjà : chauffeurs de taxis, ambulances, chauffeurs, livreurs...La France qui se lève tôt ou qui se couche tard.

Dans mon village, je suis la seule à partir dans ces horaires. Je fais du bruit et je trouble la quiétude ambiante...Je croise les chats du quartier qui rentrent après leur folle nuit. Il m'est arrivé de croiser Bambi, un renard, des chouettes (ou hiboux, difficile de faire la différence), un ragondin, Panpan, un raton laveur et des petites bestioles indéterminées qui traversent à toute vitesse. Point d'humains cependant, pas sur les petites routes qui me mènent vers l'axe principal.

mercredi 18 avril 2012

You can leave your hat on


Travailler en usine, avec des horaires décalés et tout ça, ne veut pas dire que cela se passe mal. Il y a des moments où c'est l'horreur, d'autre où l'on se fait engueuler, mettre la pression, planter par les collègues. Il y a des moments de désœuvrement. Oui, il m'arrive d'être payée à rien faire ou à faire semblant. Il y a les moments ordinaires, d'un huit à l'Uzine. Il y a des moments d'ennui, mais d'ennui. Quand je ne suis pas sur la Speed mais à un autre poste ou alors que la ligne débite au ralenti. Il y a du travail, donc, mais juste pas assez pour avoir les yeux rivés à l'horloge qui nous nargue sur le mur en face. C'est une abomination cette horloge. Parfois, elle fait exprès de reculer, j'en suis sûre !

Et puis, il y a quelques bons moments. Pour que vous compreniez, le planning est fixé pour une semaine et les équipes sont constituées pour une semaine. Chaque semaine, cela change. Dans les faits, une fois que c'est établi, c'est plus ou moins le même qui est affiché chaque semaine. Ce qui change surtout, c'est la/le chef de ligne. Donc, je travaille, à quelques variations près, toujours avec les même, lorsque la Speed tourne (parce qu'elle ne tourne pas tous les jours).

Les filles de la ligne Speed.

dimanche 8 avril 2012

Ne pas douter


Lorsque j'ai fait le choix de changer de vie, à mi parcours de vie, c'était pour réaliser un de mes rêves, pour vivre autrement et mieux, pour retrouver la santé : J'ai préparé ce projet, à minima. J'ai déménagé, démissionné et je suis arrivée où je voulais être. Le reste suivrait.

Je ne doutais de rien.

Les mois ont passé, je me suis installée, j'ai trouvé quelques marques. La maison ne désemplissait pas. C'était les beaux jours puis la période des vacances. C'était idyllique. La maison (installer, bricoler, décorer), le jardin (planter, biner, tondre, tailler, admirer), les journées passées dehors au soleil, les barbecues, les longues balades, aller voir les uns et les autres. Dormir, à nouveau. Respirer librement, à nouveau. Rire, à nouveau.
Je ne cherchais pas encore de travail, mais ça serait facile. Je pensais qu'en intérim, quand tu n'es pas regardante, tu trouves.

Je ne doutais pas.

mercredi 28 mars 2012

"La hauteur des fées" ou la force des mots


Lorsque j'ai décidé de me lancer à ouvrir ces pages, celle que je considère comme ma « marraine de blog » (elle se reconnaîtra...j'espère!) m'a conseillé d'essayer d'avoir un fil conducteur dans mes billets, d'avoir une certaine cohérence. J'ai donc choisi d'orienter mes textes vers le monde du travail, au sens large, tel que je le perçois/rencontre/vis dans cette période de ma vie. Je fais quelques digressions dans le passé et quelques pas de côté plus personnels mais mon « fil rouge » est celui-là.

Vous vous demandez où je veux en venir ? 

mardi 13 mars 2012

Frayer


Dans ma vie d'avant, je travaillais beaucoup et c'était parfois (de plus en plus souvent) difficile mais j'étais en terrain connu, je gagnais ma vie fort raisonnablement et j'avais choisi mon métier. Puis, pour plein de raisons, j'ai décidé que tout ça devait changer. J'ai tout plaqué et j'ai commencé ma crise « et maintenant ? »
Il y avait bien quelque chose qui gênait aux entournures mais je n'arrivais pas à définir quoi. Cela aurait été si facile : un problème – une solution. Sauf que mon « problème » était fort diffus. Quand aux solutions ...vous croyez que ça se trouve sous les sabots d'un cheval ? Vous croyez qu'une fée habillée en pastel glitter débarque, agite sa baguette et pouf ! tout est résolu ? J'y croyais mais les fées, c'est comme le père noël : ça n'existe pas...Et la seule chose que l'on trouve sous les sabots d'un cheval, c'est au mieux de la boue mais plus généralement de la merde.